Un enjeu essentiel d’équité scolaire pour tous
Accompagner les élèves en situation de handicap depuis leur parcours à l’école jusqu’à la formation supérieure représente un défi majeur pour la société. Alors que l’inclusion progresse au fil des années, l’orientation scolaire et professionnelle reste un moment particulièrement sensible. Un dispositif d’accompagnement spécifique favorise la réussite et l’épanouissement de ces jeunes, mais quelles sont les ressources réelles, leurs limites, et les bonnes pratiques à adopter ?
Identifier les besoins spécifiques dès l’entrée dans le parcours
L’orientation ne peut pas être identique pour tous : chaque élève en situation de handicap rencontre des situations très variées selon la nature du trouble (sensoriel, moteur, cognitif, DYS, etc.), sa sévérité, mais aussi le contexte familial et scolaire. Dès l’école primaire, les équipes éducatives mettent en place un suivi autour du projet personnalisé de scolarisation (PPS). Ce document formalise les besoins de l’élève et les adaptations nécessaires.
Au collège puis au lycée, ce document devient une véritable clef pour anticiper les choix d’orientation et préparer la future insertion professionnelle ou la poursuite d’études.
Les acteurs incontournables de l’accompagnement
Pour construire un parcours d’orientation réussi, plusieurs professionnels se mobilisent au service de l’élève :
- L’équipe éducative : enseignants, référents handicap, personnels de vie scolaire adaptent les apprentissages et mettent en place des solutions individuelles.
- Le psychologue de l’Éducation nationale (PsyEN) : il intervient sur les choix d’orientation, l’analyse des compétences, la gestion du stress ou de l’estime de soi.
- L’enseignant référent : il coordonne les dispositifs d’inclusion et facilite le lien avec l’équipe mobile d’accompagnement à la scolarisation (EMAS).
- L’assistant de vie scolaire (AESH) : il accompagne concrètement l’élève dans tous les gestes du quotidien scolaire, y compris lors de rendez-vous d’orientation.
- La maison départementale des personnes handicapées (MDPH) : elle évalue les droits, propose des outils de compensation, informe sur les aides disponibles et peut aider à préparer l’après-scolaire.
- Les familles, souvent très impliquées, jouent un rôle pivot dans la co-construction du projet de l’élève.
Informer pour mieux choisir : ressources et dispositifs
Faire des choix d’orientation suppose d’avoir accès à une information claire, exhaustive et adaptée. Or, l’offre d’information classique reste souvent trop standardisée ou peu accessible aux personnes en situation de handicap. Pour y remédier :
- De nombreux établissements mettent à disposition des ressources en facile à lire et à comprendre (FALC).
- Les Centres d’information et d’orientation (CIO) forment désormais leurs conseillers sur les besoins spécifiques des jeunes en situation de handicap et sur les parcours accessibles.
- Les plateformes numériques Parcoursup ou Affelnet proposent des rubriques “inclusion” et des modalités spécifiques de candidature (aménagements de scolarité, preneurs de notes, accessibilité numérique, etc.).
- Des salons, forums et journées portes ouvertes “inclusives” voient le jour, afin de permettre aux familles et aux jeunes de poser des questions concrètes sur les adaptations possibles dans les établissements du supérieur ou en entreprise.
Construire un projet personnalisé d’orientation
Loin d’être automatique, le parcours d’orientation nécessite un projet individualisé associant l’élève, la famille, l’équipe pédagogique et les partenaires médico-sociaux. Plusieurs étapes structurent cette démarche :
- Bilan des acquis scolaires et extra-scolaires : identification des appétences, des points forts et des secteurs porteurs compatibles avec le handicap.
- Enquêtes-métiers et immersions : organisation de stages, visites ou rencontres auprès de professionnels accueillant des personnes en situation de handicap.
- Simulation d’orientation et d’entretien : entraînements spécifiques avec le PsyEN ou des associations spécialisées (ex : APF France Handicap, Unapei, Fédéeh, etc.).
- Choix progressif et réaliste : formulation de vœux prenant en compte à la fois le projet personnel et la réalité du contexte local (accessibilité, mobilités, aides existantes).
- Préparation à la transition post-bac ou vers l’emploi : repérage des structures inclusives (universités, CFA, lycées professionnels disposant d’ULIS ou de classes dédiées).
Favoriser l’égalité des chances dans l’orientation
Les élèves en situation de handicap restent encore trop souvent orientés “par défaut” vers certaines filières jugées plus accessibles, sans lien avec leur potentiel ou leurs réels souhaits. Il devient essentiel de lutter contre les stéréotypes qui enferment les ambitions ou répètent les échecs scolaires antérieurs.
Quelques leviers pour garantir une orientation juste et ambitieuse :
- Diversifier les stages d’observation et d’immersion, en veillant à ce qu’ils soient effectifs et adaptés, notamment pour les jeunes porteurs de handicaps invisibles.
- Former les équipes pédagogiques à la question de l’accessibilité universelle (adaptation des supports, communication, gestes professionnels d’inclusion).
- S’appuyer sur les réseaux d’associations d’insertion, qui proposent des tutorats, des ateliers d’orientation, voire des dispositifs “mentorat handicap-étudiants”.
- Expliciter les dispositifs existants : tiers-temps aux examens, aménagements matériels, transports adaptés, bourses spécifiques, aides aux frais de vie, etc.
Ce qui fonctionne : témoignages d’acteurs et de familles
« Pour notre fils, porteur d’un trouble du spectre autistique, l’accompagnement par l’équipe d’ULIS et la conseillère d’orientation a été un vrai soutien. Il a pu faire un stage en entreprise adaptée, puis s’inscrire dans une filière qui lui correspond. La concertation régulière entre l’école, la MDPH et l’association locale a permis d’anticiper chaque étape. Aujourd’hui, il prépare un BTS dans un lycée accueillant de nombreux étudiants handicapés, avec des adaptations sur-mesure. »
— Famille de Thomas, 19 ans
« L’important est d’impliquer, dès la 4e, tous les professionnels autour du jeune, pour éviter les ruptures de parcours. Les immersions permettent aussi aux entreprises de dépasser leurs propres préjugés sur la capacité des jeunes en situation de handicap à s’intégrer et à travailler comme les autres. »
— Responsable d’antenne Cap emploi
Les principaux obstacles à lever
Malgré les réformes et l’engagement croissant des acteurs de terrain, plusieurs défis persistent :
- Des envies restreintes par le manque d’information sur la diversité des métiers accessibles et les possibilités réelles d’adaptation.
- Des difficultés d’accès au numérique accentuent parfois l’exclusion lors des procédures d’affectation en ligne ou l’inscription dans le supérieur.
- Un manque de stages inclusifs et de dispositifs alternatifs dans certains territoires ruraux ou isolés.
- Des ruptures de suivi lors des transitions (établissements, régions, passage au supérieur), faute de relais ou de ressources locales spécialisées.
Quelques solutions innovantes à suivre
- Le développement des plateformes d’aide à l’orientation spécifiques aux jeunes handicapés, proposant quiz, fiches métiers adaptées, témoignages vidéo, contacts de référents handicap, etc.
- La généralisation des parcours d’accompagnement renforcé dans certaines académies, avec un tuteur référent-suivi jusqu’à l’insertion professionnelle.
- L’émergence de partenariats entre écoles, universités et entreprises pour préparer l’accueil d’élèves en situation de handicap, tant sur les plans techniques qu’humains.
- Le mentorat intergénérationnel qui vient compléter le rôle de l’équipe pédagogique et favoriser l’échange de bonnes pratiques dans tous les milieux de formation.
Les étapes-clés pour une orientation réussie
- Anticiper : engager la réflexion sur l’orientation dès l’entrée au collège, voire avant, sans auto-censure.
- Dialoguer : multiplier les échanges avec tous les professionnels de l’école, les services d’aide, les consultants d’orientation.
- S’informer : rechercher activement des sources fiables et ciblées sur les formations, les métiers, les adaptations possibles et leurs conditions.
- Tester : solliciter des stages, des rencontres, des immersions, même de courte durée, pour affiner son projet.
- Construire avec son entourage : impliquer famille, proches, associations, pour bénéficier d’avis croisés et d’idées élargies.
- Évaluer et réajuster : accepter que le projet d’orientation peut évoluer selon les réussites, les difficultés, mais aussi les nouvelles opportunités identifiées en chemin.
À retenir pour un accompagnement à l’orientation inclusif
- Plaider pour des informations et des outils accessibles à tous, quel que soit le handicap.
- Intégrer l’élève et sa famille à chaque étape de la démarche d’orientation, par une concertation réelle.
- Rendre visible le plus tôt possible la diversité des parcours et des métiers accessibles.
- Former et outiller les équipes pédagogiques pour construire un climat d’accueil et de confiance réciproque.
- Mobiliser tous les partenaires extérieurs : entreprises, MDPH, associations spécialisées, mentors.
- Oser l’ambition : l’orientation des jeunes en situation de handicap doit viser la réussite, l’autonomie et l’épanouissement, et non la simple adaptation a minima.
L’inclusion réussie commence par un accompagnement en orientation individualisé, solidaire et informé. Pour aller plus loin sur les outils, les actualités et les témoignages de réussite, retrouvez l’ensemble de nos ressources sur formationconcrete.fr.