Se former quand on est indépendant : un enjeu trop méconnu
Entrepreneurs individuels, freelances, auto-entrepreneurs, professions libérales... Les travailleurs indépendants composent aujourd’hui un pan essentiel du dynamisme économique français. Pourtant, face à la rapidité des mutations des métiers et du numérique, la question de leur accès à la formation professionnelle reste encore mal comprise. Peut-on vraiment se former quand on est « à son compte » ? Quels sont les droits réels, les démarches à connaître, et les solutions concrètes pour financer une formation ?
Tour d’horizon complet des dispositifs existants, des conseils pratiques et des pièges à éviter, pour ne pas se retrouver isolé dans l’évolution de ses compétences.
Un droit à la formation élargi... mais sous conditions
Longtemps réservée aux salariés, la formation professionnelle continue s’ouvre depuis plusieurs années aux travailleurs indépendants. Néanmoins, les droits à la formation varient selon le statut et la nature de l’activité. C’est la contribution à la formation professionnelle (CFP), payée chaque année avec l’URSSAF ou votre caisse professionnelle, qui détermine vos droits.
- Micro-entrepreneur : doit s’acquitter de la CFP (soit un petit pourcentage du chiffre d’affaires, variable selon l’activité).
- Entreprise individuelle classique, sociétés unipersonnelles (EURL, SASU, etc.) : la CFP est prélevée avec les autres cotisations sociales annuelles.
- Professions libérales, commerçants, artisans : chacune de ces « familles » dépend d’un fonds d’assurance formation (FAF) différent.
En résumé : pour bénéficier d’un soutien pour vos projets de formation, vous devez être à jour de votre CFP pour l’année précédente. Vérifiez bien votre attestation auprès de l’URSSAF ou de votre caisse.
Le rôle clé des Fonds d’Assurance Formation (FAF)
Les FAF sont les organismes qui collectent la CFP des indépendants et organisent les prises en charge. Leur mission : faciliter le financement d’actions de formation adaptées aux spécificités des métiers. Ils sont déterminés en fonction de votre activité principale (code NAF/APE).
- FIFPL : pour la majorité des professions libérales (consultants, coachs, graphistes, thérapeutes, etc.).
- AGEFICE : pour les commerçants, dirigeants non-salariés de sociétés commerciales.
- FAFCEA : pour les artisans (bâtiment, alimentation, services, fabrication, etc.).
- Autres FAF : UNIFORMATION pour les professions du secteur social, FAF-PM pour les médecins, etc.
Attention : le bon choix de FAF est essentiel, car chaque fonds a ses propres règles, priorités de financement, budgets annuels et procédures.
Quelles formations sont finançables ?
Les FAF soutiennent prioritairement les formations qui favorisent le maintien, l’évolution ou la diversification de l’activité indépendante. Cela inclut :
- Actions d’adaptation ou de perfectionnement (nouvelles techniques, réglementations, transformation numérique, marketing, gestion...)
- Formations diplômantes ou certifiantes (sous conditions)
- Préparation à de nouvelles activités ou à la reconversion
- Formations en lien avec la gestion de l’entreprise : comptabilité, fiscalité, management
Le financement via le FAF est plafonné (entre 500 € et 2 500 € par an selon votre activité et votre FAF). Le reste à charge doit être anticipé, et la demande faite AVANT le début de la formation.
Les démarches à suivre, étape par étape
- Identifier son FAF : Retrouvez le vôtre en fonction de votre code NAF (sur le site gouvernemental ou le site de votre URSSAF).
- Repérer une formation éligible : Renseignez-vous via le site de votre FAF sur les organismes agréés, types de formation et les priorités thématiques.
- Constituer le dossier de prise en charge : Devis, programme, attestation URSSAF CFP, justificatifs administratifs.
- Déposer la demande (généralement en ligne) : Bien le faire AVANT le début de la formation. Les délais de réponse varient de 2 à 8 semaines selon les FAF.
- S’inscrire et suivre la formation si accord. À la fin, transmettez l’attestation de présence pour obtenir le remboursement (ou le paiement direct à l’organisme de formation).
Pour optimiser vos chances d’acceptation, soignez la pertinence de la formation par rapport à votre projet et respectez scrupuleusement les pièces exigées.
Le CPF pour les indépendants : des conditions d’accès restrictives
Le Compte Personnel de Formation (CPF) est accessible aux indépendants depuis 2018. Chaque année d’activité rapporte des droits en euros (jusqu’à 500 € dans la limite de 5 000 € cumulés). Mais :
- Ils ne s’accumulent que sur les périodes effectivement déclarées et cotisées (attention aux oublis de déclarations auto-entrepreneur !)
- La formation choisie doit figurer au Répertoire National des Certifications Professionnelles (RNCP) ou au Répertoire Spécifique
L’usage du CPF offre davantage de liberté de choix de formations (langues, bilan de compétences, création/reprise d’entreprise, permis B…). Il s’active sur moncompteformation.gouv.fr, à condition d’avoir créé son compte avec son numéro de Sécurité sociale.
Cas particulier : la reconversion ou la cessation d’activité
En préparation d’un changement d’orientation, d’une remise à niveau ou d’un retour vers le salariat, plusieurs dispositifs spécifiques existent :
- Le Conseil en Évolution Professionnelle (CEP) : service gratuit, ouvert à tous les actifs, pour analyser son parcours, préciser son projet, explorer les pistes de formation.
- L’Aide Individuelle à la Formation (AIF, via Pôle emploi) : accessible si vous êtes en fin d’activité ou indemnisé au chômage, sous conditions.
En cas de longue interruption (maladie, parentalité, accident…), pensez à contacter votre FAF ou la CPAM pour explorer d’éventuelles aides à la reconversion.
Focus : les aides régionales et sectorielles
De nombreuses collectivités territoriales octroient des aides spécifiques pour la formation des indépendants et très petites entreprises (TPE) : chèques formation, soutien au numérique, innovation, éco-transition, etc. Renseignez-vous auprès du Conseil régional, des Chambres de Métiers ou de Commerce, voire de votre réseau professionnel. Les modalités et montants varient fortement d’une région à l’autre.
Astuces pour maximiser et diversifier ses solutions de financement
- Cumulez les dispositifs : il est souvent possible de panacher FAF, CPF, aide régionale, CPF de transition, voire financements privés (OPCO pour une micro-entreprise salariant du personnel, etc.).
- Anticipez le calendrier : Faites vos demandes dès la publication de nouveaux budgets FAF (souvent en début d’année civile).
- Privilégiez la formation en ligne ou hybride : moins coûteuse, flexible, parfois compatible avec d’autres engagements professionnels.
- Regroupez-vous : certains FAF favorisent les formations collectives — renseignez-vous auprès de réseaux ou associations de professionnels de votre secteur.
Un conseil-clé : Ne sous-estimez pas la solidité du réseau professionnel. Beaucoup d’indépendants mutualisent les pistes, partagent des retours d’expérience sur les financements obtenus et négocient parfois des tarifs de groupe.
Pièges à éviter et bonnes pratiques à adopter
- Ne partez jamais du principe que toute formation sera remboursée : vérifiez son éligibilité et les plafonds/priorités de votre FAF.
- Ne commencez pas une formation avant l’accord de prise en charge (sauf exceptions ou accords express du FAF).
- Conservez tous les justificatifs : convocations, attestations de présence, factures acquittées.
- Consultez régulièrement l’actualité de votre FAF. Les listes de formations prioritaires et les plafonds varient d’une année à l’autre.
- Pensez au référencement Qualiopi : la plupart des FAF n’acceptent de financer que les organismes possédant cette certification qualité.
Témoignages : indépendants et formation, l’avis du terrain
« Entre mon métier de photographe et la création de contenu, j’avais besoin d’actualiser mes connaissances en droit du numérique. Grâce au FAFCEA, j’ai fait financer un stage de trois jours à 80%. Un vrai plus, que beaucoup ignorent ! » – Carole, artisan photographe.
« J’ai longtemps cru qu’en étant micro-entrepreneur, la formation était hors de prix. C’est en parlant avec mon syndicat que j’ai découvert le FIFPL et pu suivre une formation en stratégie digitale sans payer l’équivalent d’un SMIC. » – Marc, coach sportif indépendant.
En conclusion : bien s’informer pour faire valoir ses droits
- Oui, les indépendants ont un droit réel à la formation ; mais ces droits ne sont ni automatiques ni illimités.
- L’anticipation et l’auto-information sont clés : consultez les sites officiels, interrogez votre réseau et contactez les organismes référents pour construire un parcours adapté.
- Se former est un investissement stratégique : face à la concurrence et aux évolutions du marché, développer ses compétences, même avec un faible budget, devient un levier tangible pour la réussite à long terme.
Pour aller plus loin : retrouvez sur formationconcrete.fr nos dossiers pratiques sur la mise en œuvre d’une formation professionnelle, le CPF, la diversification d’activité indépendante et des comparatifs d’organismes labellisés.